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« Même quand on se fâche, je t’aime »

 

Kiki est d’une humeur très constante et gaie, elle aime les gens, mais elle, elle le montre. Parfois, elle souffre des enfants qui la jugent d’après les a priori de leurs parents : « C’est une handicapée », chuchotent-ils, un peu comme si, à mi-voix, ils chuchotaient, « c’est une demi-femme », et pourtant, Christiane a un cœur grand pour deux ou trois et une lucidité sur les gens hors pair.

 

Elle ne suit pas tous les raisonnements intellectuels, ne comprend pas ce qu’est une hypothèse et c’est mineur. Je l’aime pour sa simplicité et sa grandeur de cœur.

 

Parfois, je suis un peu obligé d’être froid pour lui faire comprendre que j’attends plus d’efforts d’elle, car ses parents lui ont donné l’habitude de l’aider pour tout, même pour ce qu’elle pouvait faire. Alors, on se fait un peu la gueule, je prends un tranquillisant et elle, elle me dit, après une sieste bien méritée de quelques heures : « Même quand on se fâche, je t’aime ».

 

Quoi répondre à ça ? Le savourer, le contempler, le partager… Et ne pas en abuser.

 

Sa curatelle avait été longue (quatre semaines) à me rembourser une avance que j’ai faite sur des housses de couette (nous partageons tout). Enfin, nous aurons abouti. Christiane comme moi souffrons qu’elle soit obligée de passer par une curatelle : rien n’est instantané, rien n’est spontané. Mes propres remboursements subissent des retards qui ont pu aller jusqu’à douze mois.

 

Tout ceci pour freiner les coups de tête ou la non-mesure des ordres de grandeur, mais c’est trop lourd à porter et j’ai doublé ma consommation de nicotine en l’espace de deux ans, depuis que je vis avec elle.

 

 

 

C’est difficile, elle a encore tellement peur, à cinquante ans, de se faire malmener par les hommes qu’elle craint, son père le premier, qu’elle me demande mon avis sur tout, l’orthographe de tout. Alors, je l’aide dans les démarches pour presque tout, au moins tout ce qui est nouveau, car même pour la vaisselle ou au boulot, on est toujours passé derrière elle pour contrôler et/ou refaire.

 

Un handicap, c’est lourd, mais une personne valide n’imagine pas les conséquences que ça a au jour le jour. À commencer par notre médecin. Comme dit Christiane : « Si on n’a pas vécu un handicap à vie, on est incapable de comprendre ce mot et ce qui en découle ».

 

 

 

Ce qu’elle sait aussi, c’est qu’avec le temps, elle le vit moins mal que certains, préparée, peut-être, quelque part, même si, avec son handicap, on vieillit plus tôt que d’autres.

 

Alors, j’ai beau lui prouver que j’aime tout ce qu’elle cuisine, ne m’intéresse pas tant à l’orthographe, mais plus à la précision du sens du mot, elle avance doucement, très doucement dans la prise de confiance en elle.

 

 

 

Parfois, elle se vexe, cependant, et finalement, je me dis que ce n’est pas forcément plus mal : c’est un début de prise de confiance en nous et tant pis s’il n’est pas à bon escient, on en reparle après un temps d’accalmie, en n’oubliant pas d’être aimants, comme on le dit avec nos mots alors que chacun est occupé :

 

 Kiki ?

 

 Oui ?

 

 Je t’aime… !

 

 … Moi aussi, je t’aime…

 

Atypique

 

Dans ma vie, ma santé, j’ai toujours entendu que j’étais atypique.

 

Quand je rentrais dans des délires d’interprétation, je m’en rendais compte tout seul, et soit j’augmentais le médicament de moi-même, soit j’allais me faire hospitaliser volontairement.

 

Le côté qui surprend mes amis est que, malgré tout, je suis mon traitement sur une moyenne annuelle et que par force de volonté, j’en utiliserais même un peu moins sur l’année, parce que je me suis inquiété de comprendre à quoi ils me servent et retarde donc parfois la prise, parfois l’anticipe.

 

Le fait d’être libre de mes horaires de travail m’aide aussi dans ce sens, pouvant faire, jusqu’à il y a peu, une « journée » de vingt-huit heures comme une nuit de quinze heures ou de deux.

 

Il m’arrive de m’aider de mes médicaments raisonnablement pour cela, ce que mon médecin n’apprécie pas, mais moi, au moins, j’ai le sentiment de faire des choses de mes journées ou de mes semaines. Sans oublier que parfois, le repos fait partie des choses obligatoires à comptabiliser et il faut savoir dire : « Aujourd’hui » : Non pas : « Je n’ai rien fait », mais : « Je me suis vraiment reposé ».

 

Autant j’ai souvent eu tendance à être insatisfait du trop peu de travail abattu dans une journée, autant j’apprends que, en certaines saisons, certaines périodes, il faut savoir s’accorder un vrai repos. Je réfléchis même à un traitement médical dhiver et un dété pour moi. 

 

Évidemment, avec mon gros budget tabac et tout le temps consacré sept jours sur sept à la vente ou au travail sur le net depuis dix ans, j’ai perdu l’habitude des budgets « argent-et-temps dépaysement ».

 

 

 

Mais au moins, nous dépensons, sinon local, au moins régional, et c’est « éco-logique ». On oublie souvent le sens du mot écologique, faisant scrupuleusement des régimes bio et allant brûler du kérosène et de la couche d’ozone dans les avions pendant les congés         

 

Encore un côté atypique dans la manière de prendre des vacances décalées par rapport aux autres, allant non pas là où il y a le plus de monde, de vie, de gaieté, de distance de chez soi, le plus de… et en choisissant plutôt l’endroit (à dix-sept kilomètres d’ici, un camping et plan d’eau désertés) où il y aura le moins de dépense, le moins de monde, juste un ou une amie qui sort peu que nous emmenons en voiture, bref le moins d’embêtements, et où l’on ira juste pique-niquer, manger une bonne salade bien fraîche, boire une eau gazeuse ou un bon jus de fruit partagé avec notre ami(e).

 

Les deux extras étant dans un trajet plus original, mais moins loin que chez les parents, et l’amortissement de l’appareil photo numérique acheté il y a trois ans… 

 

« Même pas besoin de mettre les enfants en colonie de vacances, juste à revenir pour nourrir les chats, voire changer la litière », nous sommes-nous dit.

 

Ah si, j’oubliais, un petit extra… l’achat de notre alliance pour un mariage si la curatelle de Christiane nous concède cette cérémonie, mais ça, c’est matériel… Les bagues, nous les achetons sans l’accord de personne, avec le budget vacances. Au cas où la curatelle n’aurait pas compris, Christiane, si elle compte mal, sait s’organiser, elle !

 

 

 

Elle sait, si elle a longtemps été assistée, que son bonheur, c’est elle qui l’obtient et ne doit réellement en être qu’elle-même l’ouvrière.